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L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas se séparer ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d’artiste parce qu’il se sentait différent apprend bien vite qu’il ne nourrira son art, et sa différence, qu’en avouant sa ressemblance avec tous. L’artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s’arracher. C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger. Albert CAMUS

Le métier d'homme

Pablo Picasso avait beau dire « je ne cherche pas, je trouve », Paul Valéry s’avère un guide plus convaincant : « Un auteur n’est pas celui qui trouve ses mots mais celui qui les cherche. Et il trouve mieux. »


L’artiste et le scientifique ont un point commun : ils cherchent.

Que cherchent-ils ?

In fine, à rendre compte de leurs observations. Leurs perceptions du monde les conduisent à vouloir en modeler une représentation. De là pareillement les lois gravitationnelles de Newton ou les Quatre saisons de Vivaldi.


A ce stade, une distinction.

La science tend à objectiver, ce que l’art ne peut faire.

Le scientifique tente de proposer une explication objective d'une réalité extérieure, l’artiste essaye de restituer sa perception intérieure et subjective du réel.

Les lois de la gravitation sont antérieures à Newton, il en est le découvreur, pas l’inventeur. Inversement, le printemps, l’été, l’automne, l’hiver existaient bien avant Vivaldi mais ce dernier demeure le créateur d’une œuvre musicale qui ne lui préexistait pas. Un autre que Newton aurait avant lui pu découvrir les mêmes lois de la gravitation, un compositeur autre que Vivaldi n’aurait évidemment pas écrit la partition des Quatre saisons à l’identique.

Une théorie scientifique peut éventuellement prétendre à la représentation complète et exhaustive d’une réalité donnée, il n’en va de même d’aucune œuvre d’art.


Pourquoi ?


Parce que la vérité est une et la beauté multiple.

Le scientifique est tenaillé d’abord par la recherche du vrai, l’artiste par celle du beau. Par des voies multiples, tous les scientifiques dans leur domaine cherchent la même et unique chose : la solution, la vraie. Cette solution, même provisoirement, constituera une forme d'aboutissement dont la validité des applications s'imposera à tous, de l'ordinateur au vaccin. L'oeuvre d'art, a contrario, n'a pas vocation à clore mais à ouvrir. Un artiste n’a rien de définitif à proposer, la beauté a mille facettes.


Est-ce à dire que le beau ne se soucie guère du vrai et inversement ?

Allez dire cela à un artiste, à un scientifique ! Ils vous répondront que non, forcément.

A quoi servirait le beau au service du mensonge, le vrai au service de la laideur ?

L'artiste recherche la belle exactitude de son trait, le scientifique l’exacte beauté de son équation.


Beauté et vérité ont partie liée. « Le beau est la splendeur du vrai », disait Thomas d’Aquin.

C’est tout l’art du métier, d’artiste, de scientifique. Du métier d’homme.

MS


http://www.marcservera.com/lemetierdhomme.html

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