L’égalité de droits n’est pas l’égalité de fait.
Dix marins sur dix bateaux identiques au départ d’une transat sont à égalité de droits, et même à égalité de moyens matériels. Mais la liberté de leurs options de navigation, leurs efforts et leurs talents, la chance aussi, opéreront à l’arrivée une hiérarchie, de fait inégalitaire.
Rien de grave en l’espèce, l’égale dignité de tout homme se situant ailleurs.
Nous ne sommes pas des graines clonées qui donneraient des fruits absolument identiques dès lors qu'elles bénéficieraient du même terreau, même engrais, niveau d'irrigation et taux d'ensoleillement. Nous sommes au contraire des graines uniques, chacune a ses dons et talents. Ils ne sont pas les mêmes pour tous, nous ne sommes en ce sens pas égaux. Pas égaux dans l'ordre des corps et pas non plus égaux dans l'ordre de l'esprit. Nous ne naissons pas tous avec la spécificité musculaire d'un possible grand sprinter, la capacité d'abstraction d'un futur Einstein, l'habileté manuelle d'un magnifique artisan, le physique du jeune premier. Tous les mômes qui tapent dans un ballon ne deviendront pas Zidane, tous les guitaristes en herbe ne seront pas des Paco de Lucia.
Une certaine inégalité est donc inhérente à la nature humaine.
Cela évidemment ne légitime en rien la misère et l’exploitation, inégalités matérielles à combattre plus qu’âprement.
Comment ?
En ne confondant déjà pas l’égalité de droits et l’égalité de fait.
Cette confusion débouche inéluctablement sur une fureur égalitaire qui met tout le monde à quai, en cale sèche, en envoyant les quelques irréductibles en mal de grand large respirer l'air marin du Goulag.
La folie libérale, elle, sophistique et s’adapte. Pas de cale sèche mais tous à fond de cale, rameurs ramez, en cadence. La prime remplace le fouet – le progrès camarade – mais quand on voit la prime, ça fouette quand même le sang !Jean-Jacques Rousseau nous imaginait bons par nature, corrompus par le système et lui seul, tout devenant dès lors politique. Le mal ainsi n’est plus en l’homme. Ah bon ! Où est-il alors ? Dans le système ! Sauf qu’en abattant le système on n'a souvent abattu que des hommes sans tellement améliorer le système.
Liberté - Egalité - Fraternité.
Les révolutionnaires de 1789 ont placé la liberté en tête, c’est pourtant la fraternité qui est première.
On n’enchaîne ni ne spolie son frère.
Ce sont les hommes qui font le système et le système n’est fait que d’hommes. On ne changera pas l’un sans changer les autres, à commencer par soi-même. Ça complexifie six milliards de fois le problème, autant dire que rien n’est gagné, il suffit d’observer la jubilation morale qu’ont nos plus belles âmes à détester leur frère au nom même de la fraternité.
Nous ne sommes égaux que dans un ordre supérieur qui est notre capacité à produire autour de nous, si nous le voulons, du bien et du beau. Il y a mille manières de le faire, et celles-ci sont toutes égales.
La liberté non seulement ne menace pas cette égalité mais elle en est sa condition première.
MS
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire