Dans son éditorial du dernier numéro de « La lettre de la Sacem », Claude Lemesle, Président en exercice et grand auteur s’il en est, fait mention, sans en développer la notion, de « l’illusion du tous créateurs ».
Qu’est-ce donc qu’un créateur ?
Le carreleur, le pâtissier, le maçon, ne sont-ils pas des créateurs ?
La plaidoirie d’un avocat, le geste réparateur du chirurgien, ne sont-ils pas des actes de création ?
Le tourneur-fraiseur, le plombier, l’horticulteur, ne créent-ils pas ?
Une réflexion sur ces questions me semble devoir intégrer deux approches, qualitative et sémantique.
Qualitative : Il est clair qu’un mur pas droit, un ersatz de gâteau, un plaidoyer mal ficelé, un tuyau mal soudé, une chanson mal écrite… ne sont pas à proprement parler des créations. Pourquoi ? Parce qu’il est donné à tout le monde de faire n’importe quoi très mal. L’acte de créer suppose quand même une compétence, un savoir-faire, un minimum d’excellence.
Sémantique : Est-ce à dire que chacun est créateur dès lors qu’il exerce excellemment dans son domaine ?
C’est ici me semble-t-il que « l’illusion du tous créateurs » tend à opérer son tour de passe-passe. Une fois encore, on perd bien plus qu’on ne gagne à faire de certains mots des fourre-tout, à les gonfler de mille attributs qui les vident finalement de substance, de sens, d’information. Une fois de plus, le principe à la base est fait de bons sentiments. On ne veut pas discriminer, pas faire de différence (au nom d’une égale dignité mal comprise, mal fondée), et l’on décrète ainsi que tout le monde est créateur. Mais une fois qu’on a changé la sémantique, on n’a pas changé la réalité, qui revient toujours en boomerang. Tout le monde a son Bac, et après ?
Outre la qualité de l’œuvre ou de l’ouvrage, la création a à voir avec l’unicité. Le créateur est celui qui ne peut pas reproduire, qui redémarre toujours ex-nihilo, avec certes un savoir-faire acquis, mais également la contrainte de ne pas refaire à l’identique, surtout pas même, pas même en partie. Sinon, ce n’est plus de la création, mais de la reproduction, de la copie. L’inventeur seul est créateur, tout le monde ne l’est pas, et ce n’est pas bien grave. Tout le monde a d’autres atouts, qualités, talents.
Il demeure que le mot « créateur » n’est pas l’apanage exclusif des activités artistiques, même si dans tous les cas il relève finalement de l’art, l’art du métier. Celui d'un auteur ou d'un tourneur-fraiseur, créateur amoureux de pièces uniques.
Qu’est-ce donc qu’un créateur ?
Le carreleur, le pâtissier, le maçon, ne sont-ils pas des créateurs ?
La plaidoirie d’un avocat, le geste réparateur du chirurgien, ne sont-ils pas des actes de création ?
Le tourneur-fraiseur, le plombier, l’horticulteur, ne créent-ils pas ?
Une réflexion sur ces questions me semble devoir intégrer deux approches, qualitative et sémantique.
Qualitative : Il est clair qu’un mur pas droit, un ersatz de gâteau, un plaidoyer mal ficelé, un tuyau mal soudé, une chanson mal écrite… ne sont pas à proprement parler des créations. Pourquoi ? Parce qu’il est donné à tout le monde de faire n’importe quoi très mal. L’acte de créer suppose quand même une compétence, un savoir-faire, un minimum d’excellence.
Sémantique : Est-ce à dire que chacun est créateur dès lors qu’il exerce excellemment dans son domaine ?
C’est ici me semble-t-il que « l’illusion du tous créateurs » tend à opérer son tour de passe-passe. Une fois encore, on perd bien plus qu’on ne gagne à faire de certains mots des fourre-tout, à les gonfler de mille attributs qui les vident finalement de substance, de sens, d’information. Une fois de plus, le principe à la base est fait de bons sentiments. On ne veut pas discriminer, pas faire de différence (au nom d’une égale dignité mal comprise, mal fondée), et l’on décrète ainsi que tout le monde est créateur. Mais une fois qu’on a changé la sémantique, on n’a pas changé la réalité, qui revient toujours en boomerang. Tout le monde a son Bac, et après ?
Outre la qualité de l’œuvre ou de l’ouvrage, la création a à voir avec l’unicité. Le créateur est celui qui ne peut pas reproduire, qui redémarre toujours ex-nihilo, avec certes un savoir-faire acquis, mais également la contrainte de ne pas refaire à l’identique, surtout pas même, pas même en partie. Sinon, ce n’est plus de la création, mais de la reproduction, de la copie. L’inventeur seul est créateur, tout le monde ne l’est pas, et ce n’est pas bien grave. Tout le monde a d’autres atouts, qualités, talents.
Il demeure que le mot « créateur » n’est pas l’apanage exclusif des activités artistiques, même si dans tous les cas il relève finalement de l’art, l’art du métier. Celui d'un auteur ou d'un tourneur-fraiseur, créateur amoureux de pièces uniques.
MS
Bonne idée que cette réflexion, et ces précisions sur la qualité de la création. Bien dit et bien pensé. Juste et bien vu.
RépondreSupprimerA noter que dans l’édito que tu cites, celui de La lettre de la Sacem, Lemesle tombe à son tour, certes en conscience et à sa façon, dans « l’illusion du tous créateurs » qu’il dénonce. Par sa manière de mobiliser les intérêts des créateurs, pour défendre le bizness de ceux qui le sont si peu. Son texte se prononçant-sans-se-prononcer en faveur des initiatives gouvernementales « Hadopiennes » – oh bien heureux créateurs qui ont « la chance d’avoir à leurs côtés un nouveau ministre dont chacun sait (dont chacun sait ?) qu’il est un véritable homme de culture convaincu de leurs droits » – et vilipendant le téléchargement illégal, qui est le fait (comme chacun sait ?) de pirates sans valeurs ni conscience, qui pilleraient la culture comme d’autres pillent les tombes.
Le passage où l’illusion est évoquée n’est d’ailleurs pas sans intérêt, pour l’extravagance sans honte qu’il contient : « Au nom d’une liberté mal comprise, l’explosion du piratage et l’illusion du « tous créateurs » conduisent à la banalisation et à la dévalorisation des œuvres. C’est un virus sournois qui menace une des plus belles conquêtes de l’humanité : le droit d’auteur. »
Le droit d’auteur comme l’une « des plus belles conquêtes de l’humanité »… Ouahou ! Rien que ça !!! C’est ce qui s’appelle ne pas y aller avec le dos de la cuillère ; cuillère qu’à mon sens, pour le coup, il n’est pas loin d’avoir avalée.
Bon, là je frise le hors-sujet.
Merci pour le texte, bien à toi et à bientôt,
Cyril
Salut Cyril, content de te relire ici.
RépondreSupprimerSur piratage et Hadopi, je t'avoue ne pas avoir d'opinion bien forgée. J'ai un peu le sentiment qu'on perfuse un mourant, à savoir le modèle économique de la filière musicale de ces cinquante dernières années. Les technologies (Numérique, Internet...) ont mis - sont en train de mettre - ce modèle à terre. A défaut de visibilité, de volonté, de capacité ? à construire à court terme un nouveau modèle viable, on s'acharne à renforcer les murs sans voir que c'est le sol qui se dérobe. La réalité s'imposera tôt ou tard.
Sur le reste du propos de Lemesle et sa tonalité générale, je partage ta réserve. Trop de grandiloquence à défendre une cause affichée d'intérêt général ("aider les gens à vivre") peut se révéler la marque d'une frilosité corporatiste.
Amitié, à tout'.
Marc
Pour info "Il y a un sentiment que connaisse(nt) les acteurs". De Camus, de vous, lequel économisa ici ses Lettres au sentime près ?
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