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L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas se séparer ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d’artiste parce qu’il se sentait différent apprend bien vite qu’il ne nourrira son art, et sa différence, qu’en avouant sa ressemblance avec tous. L’artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s’arracher. C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger. Albert CAMUS

Fra-ter-ni-té

Je reçois d'un copain le lien vers les chroniques d'un certain Pierre Foglia, italo-franco-québecois vivant à Montréal, avec un extrait de l'un de ses papiers dans lequel je relève ceci : "À moins de s'y astreindre par conviction religieuse, ce n'est pas si facile d'aimer les gens, surtout les plus proches."
Est-ce à dire que l'exigence de fraternité serait l'apanage des hommes de foi !?
Bien sûr que non.
Il faudrait certes s'entendre sur le terme "s'astreindre".
Si c'est une volonté sèche, c'est un leurre. Une volonté irriguée ? Foglia ne me semble pas intégrer par ailleurs cette hypothèse. Si c'est ne pas renoncer à se coltiner l'exigence "d'une dure fraternité", selon l'expression d'Albert Camus, alors c'est le choix possible de tout homme, quelle que soit la forme de son espérance.
La fraternité n'est pas l'amour, ou alors l'amour du prochain, c'est-à-dire cette dure exigence permanente de voir dans ce qu'on appelera par commodité le gros con, ce qu'il a aussi d'aimable. Parce que gaffe, c'est justement ce manque d'amabilité qui fait le gros con. Comme nous n'échappons guère à cet effet de vase communicant, la fraternité est ainsi renvoyée à son origine qui est de voir en l'autre un semblable.
Ce même Camus :
"Aucune œuvre de génie n'a jamais été fondée sur la haine et le mépris. C'est pourquoi l'artiste, au terme de son cheminement, absout au lieu de condamner. Il n'est pas juge, mais justificateur. Il est l'avocat perpétuel de la créature vivante, parce qu'elle est vivante. Il plaide vraiment pour l'amour du prochain, non pour cet amour du lointain qui dégrade l'humanisme contemporain en catéchisme de tribunal."
Camus fait ici mention de l'artiste, pas de l'homme. Chez lui les deux se rejoignaient autant que faire se peut, ceci explique peut-être cela.
MS

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