Suivant mes propres conseils de lecture et me plongeant dans "Policultures", lu ceci :
"On aurait pu se douter que la fin de l'académisme signifiait la fin des critères et donc conduisait inévitablement à la victoire du chaubize..."
J. Bertin - Policultures N°130, octobre 2008.
Ben voilà, tout est dit, et putain ça fait du bien !
Le relativisme ambiant est un fléau et nous n'avons pas fini d'en payer les pots (cf. "Texto" et nombre d'articles de ce blog). Aussi longtemps qu'ils se prendront pour des soleils, les mêmes aveugles en pleurs qui l'alimentent ne verront pas qu'ils pleurent sur leur propres dégâts.
Chaude bize Monsieur Bertin.
MS
"On aurait pu se douter que la fin de l'académisme signifiait la fin des critères et donc conduisait inévitablement à la victoire du chaubize..."
RépondreSupprimerM’ouais. Autrement dit : un simple changement de propriétaire. Dont on peut il est vrai constater les dégâts.
Non, pas un changement de propriétaire, parce que l'académisme n'appartient à personne. Tout le monde n'est pas Molière, mais tout le monde peut s'élever avec Molière. Etre élève, c'est accepter son Autorité, lui faire crédit, faire crédit aux Oeuvres.
RépondreSupprimerMais tu remarqueras qu'on ne parle plus beaucoup d'élèves, mais de jeunes.
Par souci égalitaire et démocratique (légitime en son fondement) on a nivellé par le bas en décrétant de fait que tout se valait bien.
Mais quelle culture possible si rien n'est supérieur à rien ?
C'est ce nivellement - et non l'académisme "normatif des vilains dominants propriétaires" - qui fabrique les consommateurs corvéables d'un culturel qui est souvent à la culture ce que l'Olida est au foie gras.
J’ai lu l’article en entier. Bertin y souligne, en rapport au « jeune » qu’il évoque « cet incroyable conformisme, cette immoralité affirmée, cette acceptation conformiste de la règle du jeu. » Ce conformisme, l’académisme peut y mener tout aussi bien. Après, il est évident qu’affirmer s’affranchir des règles au nom de sa « liberté artistique », pour faire allégeance à d’autres sensiblement discutables et foireuses (!) est un drôle d’usage et une drôle de perception de sa liberté.
RépondreSupprimerTout ne se vaut pas, non. Il est important de le dire, et tu fais bien de le souligner. Mais plutôt qu’en appeler au rapport maître-élève (qui n’est pas forcément à proscrire), je préférerais largement voir les « consommateurs corvéables » que tu évoques à juste titre dotés d’un esprit critique un peu plus développé et fiable.
"Mais plutôt qu’en appeler au rapport maître-élève (qui n’est pas forcément à proscrire), je préférerais largement voir les « consommateurs corvéables » que tu évoques à juste titre dotés d’un esprit critique un peu plus développé et fiable".
RépondreSupprimer*** L'un ne va pas sans l'autre. Pour parodier Nougaro, on pourrait dire que "l'école est une cage où l'on apprend l'oiseau".
L'esprit critique n'est pas une donnée, il se construit. La liberté n'est pas la pulsion, la spontanéité du Moi, elle ne s'acquiert pas comme un bronzage.
L'école - phase de transition - est dès lors un lieu dissymétrique, de transmission, d'un maître vers un élève. Cela présuppose qu'il y a quelque chose à transmettre, quelque chose de "développé et de fiable", en quoi l'on peut avoir confiance. C'est cela, apprendre, c'est d'abord faire crédit, confiance.
On ne se nourrit pas de ses graisses.
Si l’un ne va pas sans l’autre, l’autre ne devrait pas aller sans l’un. Or souvent…
RépondreSupprimerCertes, tout comme l’esprit critique, la liberté se construit. Mais si elle ne « s’acquiert pas comme un bronzage », pas sûr non plus qu’elle s’apprenne comme une leçon. Et si on ne se nourrit pas de ses graisses, se contenter de recevoir la becquée est tout aussi dommageable.
Mais vu que je ne crois pas que ce soit ce que tu veux dire, une question : « académisme » est-il vraiment le terme qui convient à ton propos ? Si j’ouvre mon petit Larousse, je lis : « académisme : imitation sans originalité de règles et de modèles traditionnels ». Et ça fait pas vraiment envie…
Très juste. J'ai repris le terme employé par Bertin, mais il est hautement restrictif et même érroné.
RépondreSupprimerCe que je crois est ce que dit Hannah Arendt : "La culture est un moyen de sortir de cette prison qu’est soi-même".
Le passé est une ressource, quand on s'imagine moderne en en faisant un refouloir.
Il est constitué d'une pensée, d'un savoir, d'une connaissance, d'une quintescence de ce que l'humanité a imaginé, conçu, mûri, creusé, appréhendé, saisi, compris...
Tout cela constitue un patrimoine, une référence, des oeuvres, une nourriture que nous ne pouvons reconstituer par nous-même.
S'en nourrir n'est pas tout gober. C'est apprendre à prendre puis garder, laisser, trier, filtrer...
C'est ainsi, pas à pas, qu'un esprit critique, un esprit un peu plus libre, peut se forger, et c'est le rôle de l'éducation aussi et d'abord.
En conséquence, le relativisme (= absence de tri, de filtre, de crible, de critère...) est en fait une donnée de départ dont l'éducation a pour but de nous extraire. Sa tendance actuelle est de vouloir nous y replonger au lieu de nous apprendre à nager.
Ça produit au mieux du flottement.
Le champ de l’éducation est bien vaste. Et des maîtres, il y en a aussi beaucoup en dehors de l’école. L’éducation dépassant très largement le cadre de celle-ci.
RépondreSupprimerMais oui, se nourrir sans tout gober, apprendre puis filtrer, l’élaboration pas à pas d’un esprit critique… tout à fait d’accord avec ce que tu dis là.
Merci pour l’échange. Un show de bises à toi !
"Le champ de l’éducation est bien vaste. Et des maîtres, il y en a aussi beaucoup en dehors de l’école. L’éducation dépassant très largement le cadre de celle-ci".
RépondreSupprimer*** On est d'accord camarade, rien n'est jamais figé, et les portes multiples. Mais un apprentissage s'avère plus difficile à 18 piges de l'écriture et la lecture...
"Merci pour l’échange. Un show de bises à toi !"
*** It was a great pleasure.
Me too.