Les mêmes initiales pour deux hommes apparemment très distants.
Brassens a cultivé son jardin, Bernanos labouré la terre.
Ça fleure chez l'un la sciure et le copeau du luthier, chez l'autre le métal incandescent du haut-fourneau, la corde qui vibre et la lame qui n'oscille jamais. Le roseau et le chêne, les rides d'un lac d'eau douce et de sacrées lames salées d'océan.
Mais le scepticisme de l'un et la foi de l'autre se rejoignent dans leur même absence d'illusion sur la nature humaine. Et pour cette raison le même refus forcené de se laisser embrigader.
Le constat lucide chez Brassens, l'espérance invincible chez Bernanos, que la beauté qui sauve le monde n'est pas vraiment de ce monde.
L'habitant qui oeuvre malgré tout à en semer quelques graines et l'habité qui déverse en torrent leur eau d'irrigation.
"La prière est en somme la seule révolte qui se tienne debout" (Bernanos).
Les chansons de Brassens ne sont que cela : des prières aux hommes.
MS
- Avant-Propos
- L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas se séparer ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d’artiste parce qu’il se sentait différent apprend bien vite qu’il ne nourrira son art, et sa différence, qu’en avouant sa ressemblance avec tous. L’artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s’arracher. C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger. Albert CAMUS
Intéressant parallèle venant d'un homme savoureusement né pour être auteur, d'un compositeur et interprète pour être artiste.
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